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No: 092, Novembre - Kasım - November 2017

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carpov, evguéni

carpov, evguéni

L'homme est là. Un enfant aussi, plus loin, bien que présent dans le même espace. C'est l'enfant de l'homme. Celui de la femme aussi. Elle, morte, se tient dans un espace différent du leur, mais si proche. Elle flotte, comme tous en bas. Comme tous. L'enfant, lui aussi, flottera un jour, mais pas maintenant. Pas encore. Là, il vit, se tenant dans l'incompréhension, le doute. Il ne voit pas celle qui était sa mère.

La femme, la mère, elle, dans l'esprit de l'homme, fixe celui qui était son mari avant. Le père de l'enfant. Le père de son enfant. Le père. L'homme. Il est toujours là, assis, du bourbon, en perles, sur ses lèvres, et comme bien souvent, dans un silence continu et égal qui n'a de semblant que la transparence de son âme. Seuls ses yeux parlent à l'enfant, son cœur peut-être. Il boit. Entend, une voix. Puis deux. La femme. L'enfant. La femme. Il ne sait pas vraiment. La réalité. Tout ça...

Puis la femme parle.

–Oscar, tu aimes ton père

Le ton de la femme n'indique ni l'interrogation, ni l'affirmation, ni même quelque chose qui ferait penser à un ordre ou quelconque supplication. La phrase ne fait penser à rien en fait. N'a aucune portée. Le silence de l'être. L'enfant ne l'entend pas, confiné dans le silence de son père, continu et égal. Le père est ce silence. Puis n'est plus.

–Oscar, écoute un peu ta mère, dit-il.

Mais l'enfant baisse les yeux, toujours étranger à la présence onirique de celle qui l'a enfanté. Puis le silence, de nouveau.

La mère le regarde, béatement, ainsi ignorée amorphe. Puis elle parle à l'homme.

–Tu n'as donc rien à faire, demande-t-elle, tu n'as donc aucun désir de justice ?

L'homme regarde son enfant. Le silence. Il dessine. Des esquisses de bonheur, réel sur le papier. Il dessine des silhouettes.

–Je ne sais pas trop, répond l'homme, j’ai en moi beaucoup de douleurs et il y a Oscar... et toi...

–Mais je ne suis plus rien pour toi.

L'homme se replonge alors dans son silence, les yeux bas et pleins. Son silence. Il se réalise dans l'action de l'enfant qui pose des couleurs sur sa vie. Son dessin. Il regarde l'homme, son père, puis l'espace. Rien. Ne comprend pas.

–Tu devrais pourtant savoir ce que tu as à faire, poursuit la femme, tu devrais faire payer aux responsables, me venger une bonne fois pour toute et me laisser en paix.

L'homme ne répond pas. Se met à pleurer. Ses yeux pleins, se vident.

L'enfant, lui, ne colore plus. Il regarde à présent son père, son dessin, sa vie, se déliter. Aquarelle informe. Il ne voit que son père. Rien que lui à travers son dessin. Puis soudain, le dessin n'est plus, emporté par un flot de larmes.

L'enfant parle à l'homme.

–Mais... papa...

Puis s'arrête. L'homme vide son verre de moitie. Il ne pleure plus.

–Et toi, demande-t-il à l'enfant, tu sais ce que je dois faire dans tout ça ? Tu sais qui est responsable de tout ça ?

L'enfant montre alors son dessin, sa page, devenue blanche.

–L'Amour ?, dit-il posément.

L'homme regarde, et répond :

–C'est moi, c'est elle, c'est  nous…, c'est beau.

Mais l'enfant baisse la tête, repose sa page blanche au sol, seul. Silence.

La femme, elle, est toujours là, toujours mère spectatrice et avide dans l'esprit de l'homme. Elle contemple tout cela, parle à nouveau :

–Il s'agit de savoir quoi faire de toi, de lui, d'eux. Il s'agit de savoir quoi faire de ta peine !

–Je sais, dit l'homme, enfin...

Et l'enfant scrute l'espace, cherche, mais ne trouve pas. Ne comprend pas. Ne sait pas. Il ne saisit pas la douleur de son père, seulement une certaine absence de normalité dans sa conduite. Il parle seul. Rien de plus, l’enfant n’est qu’amour.

Puis, l'homme se lève et va s'asseoir à coté de son enfant. Le regarde. Le touche. Le prend dans ses bras, silencieux. La femme est toujours spectatrice, absente, elle est toujours avide de cette étreinte. Sans vraiment le savoir, elle est cette étreinte, cette douleur. Apres un long moment d’abandon, l’homme décrispe enfin ses muscles et parle à l’enfant.

–Ta mère, tu ne devrais pas l'ignorer ainsi tu sais, elle t'aime.

L'enfant ne répond pas. Il baisse de nouveau la tête vers sa page blanche et la remplit de motifs incolores. En perles.

– Tu vois, dit l'homme, il ne t'écoute pas.

Mais la femme ne répond pas. Ne répond plus. Son visage, faute de réponse, se contente de compassion, noyée dans les larmes de l’enfant. L’homme se crispe à nouveau. Ses doigts se crispent autours du verre de scotch et remontent jusqu'à ses lèvres. Il ferme les yeux. Avale. Expire. Puis parle a nouveau à l’enfant, dans une contenance nouvelle aussi éphémère qu’illusoire.

–Tu devrais aller te coucher, tu as école demain.

L'enfant se lève alors, dans le même silence qui a été celui de son père et se dirige vers sa chambre, tête basse. L'homme l'arrête.

–Et ton dessin ? Tu ne vas donc pas l'afficher dans  ta chambre ?

En disant ça, l'homme esquisse un sourire.

– Ce n'est plus utile, répond l'enfant, il n’y a plus de dessin, plus rien.

–Mais nous sommes là tu sais. Nous sommes là pour toi.

L'enfant regarde son père, l'espace, vide. Il a mal pour lui. Il commence à connaître sa douleur, sa folie.

–Mais tu sais bien que maman... et toi... tu la retrouveras forcément un jour... et...

L'homme n'entend pas cette phrase. Il ne veut pas l'entendre.

–Tu as les idées confuses, tranche-t-il simplement, va te reposer.

Et l’enfant, flotte un instant dans le silence avant de disparaitre dans sa chambre. L’homme reste ainsi de nouveau seul, face à celle qui était sa femme. Face à sa folie. Il pense. Désarme face a l’oublie ainsi suppose dans le cœur de l’enfant.

Celle qui était sa femme avant s'approche alors de lui, et le lui dit. Le rassure. L'enfant n'a rien oublié. Il n'a rien renié. Et surtout pas elle. Il sourit, il est amour, immatériel lui aussi.

Mais l'homme ne semble plus entendre celle qui était sa femme. Il s'est dirigé vers le bar et se sert à présent un énième verre de scotch.

La femme, elle, chagrine, revoit l'enfant partir, et l'homme rester.

 

 

séquences I: routine

Mercredi, 01 Mai 2013 23:51 Published in requiem || ağıt

Il fait froid. Le vent souffle sur la banlieue de Baltimore. C'est l'automne, le cadre idéal pour un enterrement. Des gens, ternes, sont massés dans l'attente de la délivrance. Boucler la boucle. Ils sont une bonne centaine, jeunes pour la plupart. Des étudiants du campus.

Il y a de la musique, funeste, idoine, les corneilles qui croassent, tout est là. Le pasteur parle, prononce ses litanies rituelles. Et l'assistance, elle, écoute avec une réelle profondeur les paroles du pasteur, pieuses comme l'instant.

Puis vient le moment où l'on descend la bière et où les pleurs, jusqu'alors discrètes, viennent taire le braillement incessant des corneilles. Chacun ou presque se lève alors, et un à un, vient présenter ses condoléances à la famille. On jette multitudes de choses sur la bière, on prie. Parmi eux, l’entraîneur est le premier. Puis vient sa petite amie, ses frères, coéquipiers, tous désemparés devant le poids de l'instant. Le poids de l'évidence. Le poids de l'absence.

Puis, rituels, viennent tous ceux qui l'avaient aimé de près ou de loin.

Puis il faut partir.

La terre retombe.

 

Le lendemain.

Marcus vient de se réveiller. Il se lève hagard et file directement sous la douche. Là, il s'autorise enfin à penser, à se souvenir. Les yeux fermés, il revoit Peyton s'écrouler devant lui. Il pleure. Il pleure la mâchoire fermée. Et se lave, se contient, se censure, se force à oublier, mais s'effondre. L'eau vient s'abattre sur l'arrière de son crâne, il est au sol. Il n'est plus là.

Tout à l'heure, il ira à l’entraînement. Tous iront à l’entraînement. Comme chaque jour. Comme le cours de la vie le prévoit.

 

Dehors.

Marcus est sorti. Il avance machinalement dans une allée du campus, se dirige vers le stade d'entraînement. Autour de lui, tout, les gens, le temps, marque l'empreinte du samedi passé, l'empreinte du drame. Et on le regarde, lui, on le dévisage mais Marcus ne voit rien. Il marche toujours hagard entre les sourires compatissants et les regards plein de craintes inutiles et ne veut pas penser. Autour de lui, flotte la même brume qu'hier, la même platitude morne qui règne depuis samedi dernier. C'est ce même silence, là, partout, ce silence de mort.

 

Quelques minutes plus tard.

Marcus vient d'arriver dans le vestiaire. Jibril, le troisième de la bande, est là aussi. Il ne parle pas. Personne ne parle. Marcus arrive à la hauteur de Jibril et s'assied à coté de lui. Il ne dit rien. Attend. Puis Jibril relève enfin sa tête et regarde Marcus.

-        Hey...

Il n'est convaincu de rien.

-        Tu vas... ? , demande machinalement Marcus.

Mais Jibril ne répond pas. Le silence se fait. Chacun se replonge en soi-même et Marcus commence à s'habiller.

À 9H, les entraînements reprendront, tout comme le cours de la vie.

Carpov, Evguéni

Mercredi, 30 Janvier 2013 07:59 Published in Auteurs
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Né en 1983, Evguéni Carpov a grandi dans la région bordelaise entre cabanes dans les arbres et terrains de sport. Ce vagabond misanthrope et humaniste à la fois, toujours dans le paradoxe, l'humilité et la débauche, a su dès l'adolescence qu'une partie de sa vie se déroulerait en lui, dans la création, à imaginer. La déglingue. La vadrouille. Sa vie, brève mais déjà bien remplie, il l'a passée sur la corde raide, borderline. Émouvante et dure, comme la réalité et le béton des rues, sa littérature se lit comme un condensé d'existence rude projetée au visage de la bienséance en conservant la douceur acidulée de l'enfance toujours omniprésente. Un orage de sensations, cinématographique, rythmé et follement divertissant.

rideau

Jeudi, 25 Avril 2013 09:49 Published in nouvelle || öykü || story
Je m'appelle Fumijirô et j'ai 28 ans. Tout est fini pour moi. J'ai été pris.

La porte s'ouvre.

Il y a de la lumière dehors, il fait jour. J'avance comme les autres et me retrouve sur le pont. Là, des gardes nous invitent à plonger dans la flotte. Prestement. C'est ce que je vois, c'est comme cela pour moi.

Puis, il se mettent à tirer dans notre direction. Des corps s'écroulent au sol. Je suis un des premiers à plonger. Ca y est  : l'eau. Je vois une île devant moi, à quelques centaines de mètres. Je nage alors que le bateau, lui, continue à rendre sa lie. Tous s'écrasent dans l'eau avec fracas, coulures ternes dans l'océan de l'oubli. Certains d'entre eux, happés par la portance du bateau disparaissent sans bruit alors que d'autres, tombent déjà morts criblés de balles avant d'avoir pu nourrir le moindre espoir. Ils coulent. Je continue à nager.

Au loin, sur la rive, une masse nous attend patiemment.

 

Je suis arrivé sur la grève, haletant. Un homme s'extirpe du noyau de la foule et vient à ma rencontre. Me parle.

-        Tu me reconnais  ?

Je réponds, je ne le reconnais pas  :

-        Non. Je ne pense pas. Je ne sais plus.

L'homme me dévisage alors, il semble lui-même vouloir me reconnaître plus précisément à présent. Je porte l'uniforme standard. J'ai vieilli. J'ai les cheveux très court et mon visage a changé.

L'homme se tient silencieux devant moi. Je n'attends rien. Ne sais pas. Je lui dis  :

-        C'est quoi cet endroit  ?

Il me répond  :

-        C'est là que se trouve ce que l'on oublie.

-        Je vois.

-        C'est ici que se tasse le néant, reprend-il.

Je pense longuement et regarde le tout autours de moi. Je demande  :

-        Sommes-nous morts  ?

-        La mort n'est jamais que l'oubli de sa propre personne, dit-il, nous sommes tous ici car mort à bien des égards effectivement.

Je pense à nouveau. Je ne peux être mort. Je suis Fumijirô et j'ai 28 ans. Je ne me suis pas oublié.

-        Non, je ne suis pas mort, dis-je, et pas plus que vous il me semble.

L'homme semble alors frappé d'une violente douleur en son sein. Il a mal.

-        Non... non, tu ne me reconnais pas.

Puis il s'en va.

 

Je suis endormi sur le sable. Je rêve. Je suis enfant. Je sens la chaleur de la cheminée. La tapisserie. Je suis seul. Autours de moi, des photos sont posées un peu partout. Je suis dessus. Sur chacune d'entre elles. Aux cotés de gens dépourvus de visage aux silhouettes floutées et confondues. Je suis seul. Rien ne se passe, comme si le temps était figé. Il n'y a que ce perpétuel vide. Voilà ce que j'oublie.

 

Un groupe de personnes est venu me réveiller. Encore dans la douleur de mon rêve, je ne discerne aucun visage, seul l'évanouissement de la luminosité me rattache encore au concret.

-        Il ne faut pas rester là, me dit l'un d'entre eux.

Mais je ne l'entends pas. Je ne vois que ces cadres à moitié vides, ce ciel orangé parsemé de bleu pâle, moutonnant dans la tiédeur de cette fin d'après-midi.

-        Il faut trouver votre place, poursuit-il cependant, il y a une place ici pour chacun de nous. C'est là que nous devons passer notre temps.

J'ai entendu à propos du temps  ! Mes yeux se pose sur l'étranger, sur son visage. Ce temps, c'est en fait tout ce que j'ai toujours voulu savoir. Je demande  :

-        Quel est ce temps exactement  ?

-        Celui infini qu'il vous reste. C'est ce que vous avez toujours désiré il me semble.

-        Oui, je le crois.

Puis, tous s'éloignent et m'abandonnent sur la plage. Je vois au loin l’amas d'arbre surplombant l'île. Je pense. Le temps infini qu'il me reste.

 

Je me suis égaré dans l'île et j'entends à présent partout des gens pleurer et crier et hurler leur infini désespoir. J'ai étais pris. Je l'ai voulu. C'est comme ça. L'étranger avait raison, je l’avais toujours voulu au fond. Je continue à m'enfoncer à l'intérieur des terres, au hasard, sans autre but même que celui d'avancer. Mais je finis par trouver  : une clairière, une maison encerclée d'un jardin aux ornements mirobolants. Je connais cette maison. Mon cœur s'emballe et je regrette un instant d'avoir voulu oublier tout cela. J'hésite. Mais je ne peux repartir. Je m'approche alors et observe ce tout, là, enfoui au plus profond de moi. Une boîte à musique est posée sur le bord d'un bassin japonais, rutilante, recouverte d’autocollants avec le chien mignon. Elle s'ouvre. Se met à jouer. Et des poissons se mettent alors à sauter hors de l'eau, entraînant avec eux leurs éclaboussures dorées dans les airs. Je connais cet air. Une berceuse qu'a repris Henri Salvador. Au bas, des fourmis en posture bipède s'activent, suivant les indications de l'une d'entre elles portant une casquette. Je m'assoie, veillant à ne point les écraser et ferme les yeux. Oui, je reconnais cette chanson.

 

La chanson s'est tue. La boîte à musique s'est refermée d'elle-même et est partie jouer plus loin quelque part dans la forêt. Je me lève. Me dirige vers la maison et m'en arrête au seuil. Attends. Sonne. Puis pousse enfin la porte et finit par entrer. Une femme est là, face à moi. Elle vient à ma rencontre et m'appelle par mon prénom. Je lui demande  :

-        Je rêve  ?

-        Non, me répond-elle, tu es ce que tu es, tu vois ce que tu vois.

Elle me regarde alors avec plus d'attention, longuement, familièrement. Dit  :

-        Et tu ne me reconnais pas, je suppose.

Effectivement, je ne la reconnais pas.

-        Peut-être que si vous chantiez..., dis-je, alors peut-être...

La femme me regarde crispée, ses yeux s'emplissent d'une douleur sans nom.

-        Je ne sais plus chanter, dit-elle.

Elle contient un sanglot et ajoute péniblement  :

-        Et d'ailleurs, chanter ne sert plus à rien ici. On ne chante plus pour personne, c'est le principe.

Je ne me souviens plus de la musique que jouait la boîte mécanique tout à l'heure. Je demande  :

-        Vous êtes morte vous aussi  ? Je veux dire, morte, comme la musique  ?

Elle répond, se rassérénant  :

-        Oui, comme la musique.

Je demande encore  :

-        Je vous ai tué  ? C'est ça  ?

La femme me regarde, elle a contenu et enfoui son émoi. Définitivement.

-        Cet endroit, cette île, dit-elle, c'est toi. C'est toi qui en est responsable, toi qui l'aies su faire.

Je revois les gardes nous faire sortir de la cale et nous précipiter dans l'eau.

-        Et l'homme à qui j'ai parlé à mon arrivée, lui aussi je l'ai tué  ?

La femme ne réponds pas. Elle ne semble plus vouloir répondre à présent. Je regarde alors autour de moi, l'intérieur de la maison a changé mais je ne reconnais la chaleur qui y flotte. Enfin, je crois la reconnaître. Je ne sais plus. Je regarde cette femme qui se tient devant moi.

-        C'est inutile, me dit-elle. Inutile. Il n'y a plus rien de toi ni de moi ni de nous.

Mais je ne veux pas la croire. Je ne veux plus la croire. Je regrette. L'étranger avait tort.

-        Mais cela  !, dis-je les yeux fermés en refermant mes bras sur moi-même, tout cela, je le reconnais  !

-        Peut-être, répond la femme, mais tu l'oublieras bien vite, comme tu as déjà même oublié la musique... Tout chez toi n'est que passage. Tu es impropre à l'amour.

C'est vrai. J'ai oublié la musique. Et je sens tout à coup mon corps se vider. De nouveaux. Je reste longtemps dans l'inaction. Oui, pourquoi regretter  ? Je ne sais même plus qui la chantait cette chanson... Je ne le saurais plus jamais. Je dis  :

-        Oui, c'est vrai. Vous avez raison.

Et demande  :

-        Où dois-je aller alors  ?

-        Peu importe, me répond la femme, il y a une pelle juste derrière toi. L'étranger viendra rejeter la terre.

 

Je suis sorti avec la pelle et j'ai commencé à creuser là, juste devant la maison, un trou dans lequel on aurait pu placer un avion de ligne tout entier, pendant des heures et des heures. J'ai creusé un trou assez grand pour tout y enfouir. Puis, l'étranger est venu. Et je lui ai demandé deux minutes, comme si tout ça avait pu s'arrêter d'un coup. J'ai essayé une dernière fois de me souvenir mais rien.

J'ai alors lâché la pelle et levé la tête. Derrière l'étranger, se trouvaient l'homme et la femme, baignant dans une foule dont l'attention première se focalisait sur moi. Je les ai regardé, une dernière fois, puis j'ai fait signe à l'étranger de commencer son œuvre. Ce dernier rejeta alors la terre sur mon corps et un à un, tous les habitants de l'île se jetèrent dans la fosse et s'y rompirent la nuque en couche successives.

 

L'étranger mis plus de onze heures à ensevelir le tout.