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[Aux premières lignes]

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Aux premières lignes

Le pain est dans la miette
le monde dans un mot
et toi dans cet éclat de miroir
qui nage dans ta poitrine


A la poésie

Quel diamant faut-il
pour couper le silence ?

A l’invisible centre

L’écriture parfois nous engage
là où la pensée refuse d’aller
et passe l’anneau au mufle du mystère

A l’amitié

Sentir quelqu’un
c’est sentir son ouverture
à travers ses verrous

A la tierce personne

Parler de quelqu’un
c’est parler de son rêve
et du nôtre mêlé au sien

A la reconnaissance

De grâce
je reçois beaucoup
la douleur a forgé
de larges écuelles

Au parc

Allée triomphale des marronniers
si petit sur ton vélo d’enfant

A la suprême élégance

Un veau au profond décolleté
croise ses jambes parfumées

Au seigneur

Donne nous la farine
et l’eau de chaque jour
et nous ferons le pain

A la curiosité

Tu approches du monde
la loupe du poème
pour voir
s’il prend feu

Aux enfants

Ce qui les fait rire parfois
c’est l’être en eux tellement frais
que ça les chatouille

A la soif

Quinze jours sans écrire
l’eau du puits remonte
plus lourde dans le seau

Au poète

Le voici sur son île
avec ses paroles
comme devant
une barque en morceaux

 

—————————————- Extraits deà, Le Drapier, Strasbourg-1999 (Prix de la Société des Écrivains d’Alsace et de Lorraine)