En quête de l’éclair qui soudain
le saisira là, sur place,
au milieu du chemin,
ouvrant à son front les écluses de clartés,
il avance, bien qu’il semble immobile,
et déroule sous ses pas
la guirlande invisible des fées;
Comme vers une rivière le pèlerin s’incline,
doucement vers son cœur il se penche
pour faire, au-dessus des abîmes,
un pont de son dos à l’enfant de lumière.
Tu passes, tu viens
comme la paume tiède du jour
sur la joue frêle du matin
et dans l’amuïssement du songe
tu murmures avec douceur
des paroles pulvérulentes
Tu passes, tu viens
et l’homme qui s’éveille à ton chant
confie ses rêves aux archives de l’ombre
La sandale délacée,
la paume du pied nu
qui étreint le sol avant l’envol,
et ses chevilles si fines
font de nos regards
des falaises de soie
Fouille sous les étoiles
et fouille sous la cendre
Cueille, sous les fougères
mouvantes de nos paupières,
cette braise de démence
Enlace cette grâce
inondant l’espace
et recueille, dans la nasse des prières,
l’incroyable semence,
ce pigment premier qui teinte le monde
Prends dans ta main,
serre dans ton poing
cette ferveur inassouvie
Porte à tes lèvres
et mâche ce grain de vie
Visite sans relâche
toutes les chambres
Hante sans honte
tous les temples
où tremble, ingénu,
le mystère de la Clarté Humaine
Quand le soir vient
tirant sur le ciel
de grands pans de toile bise
et qu’il nous laisse
parmi la faïencerie fluorescente
du mystère terrestre
avec cette impression
poignante et lourde
d’être là soudain
depuis toujours
—————————————- Extraits de “Lucine”, Rougerie, Mortemart-1984