Home anthologie des poètes vivants || yaşayan şâirler antolojisi || living poets anthology goorma, jacques [1950]

[enfant, accroupi dans un sous-bois de pins]

10
0
Enfant, accroupi dans un sous-bois de pins, j’observais une fourmilière. Les fourmis, affairées, couraient dans tous les sens. Je les savais ignorantes de mon regard et cette connaissance vive et immédiate, m’incitait à penser que peut-être le ciel, comme une immensité aussi transparente que mon regard, m’observait de la même façon, moi, mes congénères et tout ce qui s’agite à la surface de la terre.

Nous sommes tous les enfants de l’infini. Quand l’infini nous saisit, on ne peut se tromper, on sait que c’est lui. L’évidence est comme un nerf qui réagit dès qu’on le touche. Irruption de l’ineffable, les jacasseries s’éloignent.

L’enfance est le royaume de l’indifférencié. Alors la joie, la peine sont là mais il n’y a personne pour les revendiquer. Devenir quelqu’un c’est sortir de cette royale intimité. C’est passer de la méditation à la préméditation.

Le poème nous invite à rejoindre la neutralité éblouissante, le centre incolore et sans limite où le monde à chaque fois s’éveille, s’enflamme et nous enchante.

 

*

 

LE SEUIL

L’éveil
d’une seule vague
secoue l’aurore
fait tomber les rêves

Le jour
s’ébroue
dans l’eau claire du matin

*

LA MARCHE

Espace instantané de l’esprit
transparence fraîche
limpidité sans limite

Armé d’une source d’eau pure
je fais du porte à porte

Les chemins sont des rivières immobiles
dès que je marche elles se remettent à courir

*

LA RECONCILIATION

Il suffit de parler calmement
pour qu’à nouveau les oiseaux reviennent
se poser entre les mots

*

LE SANS-NOM

Je dessine un cercle
pour voir l’oeil
qui me regarde

*

L’INDICIBLE

Le poème
est le chant
d’un muet

*

LA QUETE

En chemin j’ai mis
le blé à mes hanches
et le ciel sur l’épaule

Plus loin
d’une main aveugle de bijoutier
je vérifie la nuit

*

LA FLAMME

Ne suis-je pas cette flamme allumée dans mon corps ?

Même mon corps a lieu dans sa lumière

La chance de ma vie c’est ma vie


—————————————- Extraits deLe Vol du Loriot”, Arfuyen, Paris-2005

Enfant, accroupi dans un sous-bois de pins, j’observais une fourmilière. Les fourmis, affairées, couraient dans tous les sens. Je les savais ignorantes de mon regard et cette connaissance vive et immédiate, m’incitait à penser que peut-être le ciel, comme une immensité aussi transparente que mon regard, m’observait de la même façon, moi, mes congénères et tout ce qui s’agite à la surface de la terre.

Nous sommes tous les enfants de l’infini. Quand l’infini nous saisit, on ne peut se tromper, on sait que c’est lui. L’évidence est comme un nerf qui réagit dès qu’on le touche. Irruption de l’ineffable, les jacasseries s’éloignent.

L’enfance est le royaume de l’indifférencié. Alors la joie, la peine sont là mais il n’y a personne pour les revendiquer. Devenir quelqu’un c’est sortir de cette royale intimité. C’est passer de la méditation à la préméditation.

Le poème nous invite à rejoindre la neutralité éblouissante, le centre incolore et sans limite où le monde à chaque fois s’éveille, s’enflamme et nous enchante.

*

le seuil

L’éveil

d’une seule vague

secoue l’aurore

fait tomber les rêves

Le jour

s’ébroue

dans l’eau claire du matin

*

la marche

Espace instantané de l’esprit

transparence fraîche

limpidité sans limite

Armé d’une source d’eau pure

je fais du porte à porte

Les chemins sont des rivières immobiles

dès que je marche elles se remettent à courir

*


la réconciliation

Il suffit de parler calmement

pour qu’à nouveau les oiseaux reviennent

se poser entre les mots

*

le sans-nom

Je dessine un cercle

pour voir l’oeil

qui me regarde

*

l’indicible

Le poème

est le chant

d’un muet

*

la quête

En chemin j’ai mis

le blé à mes hanches

et le ciel sur l’épaule

Plus loin

d’une main aveugle de bijoutier

je vérifie la nuit

*

la flamme

Ne suis-je pas cette flamme allumée dans mon corps ?

Même mon corps a lieu dans sa lumière

La chance de ma vie c’est ma vie