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[parfois quelques mots]

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Parfois

quelques mots lui suffisaient pour ouvrir le monde. Il respirait alors le vent d’émeraude, les chevilles dans une boue impétueuse. Ses yeux s’enfonçaient dans la clarté à mesure que la clarté s’enfonçait dans ses yeux. Une clarté ouverte à l’irrévocable. Parfois, avec quelques mots, il froissait les murs entre ses doigts comme un simple brouillon.

Il disait

Dans ma bouche, je remue le monde.

*

Parfois

dans sa chute, il s’agrippait aux yeux verts, se laissait aimanter et s’échappait par leur couloir de lumière. Il devenait aussitôt l’incessante cascade prête à sauver d’autres noyés. Parfois, en plein hiver, dans son lit, il visitait l’été en haut des granges. Appliqué, debout dans sa chambre, il taillait à vif son bloc de silence. A chacun de ses coups, des rêves, des chants, comme des nuées d’ailes, s’échappaient.

Il disait

L’écriture me devance et devine ou trace le chemin que j’ignore encore.

*

Parfois

dans les profondeurs, l’évidence le frôlait comme un énorme squale. L’émotion d’être. Ce sentiment de présence. Cette connaissance immédiate et intime. Il aimait écrire. Être comme cette fenêtre. Permettre. Il aimait écrire comme on s’éclaire. La flamme, disait-il, est cette lame, cette nuit qui se regarde. Le point de lumière où se mire l’obscurité.

Il disait

Ai-je découvert que toute découverte était une invention ou l’ai-je inventé ?

*

Parfois

il voulait saisir la semence irracontable du poème. Ce moment où il découvrait brusquement avoir seulement oublié qu’il était là. Arraché à cet éblouissement initial depuis si longtemps. Comment avait-il pu ignorer pourtant pareil éclat ? Et soudain, il se souvenait. Tout dans son intégralité lui revenait. Il n’était jamais parti. Et le reste, tout le reste laissé sur l’autre rive n’était que l’escapade d’un rêve dissipé à son tour. Sous une autre forme, se disait-il, l’aventure du sans forme continue.

Il disait

J’ai découvert un trésor à la faveur d’un naufrage.

Parfois

son sommeil ignorait les sabliers. Il suivait les ruses de la lune entre les arbres… Depuis plusieurs jours, des mots, sans qu’il sache pourquoi, lui revenaient. La règle et le marbre. La règle et le marbre. Comme le titre d’un livre. La clé d’une serrure inconnue. Il se les répétait. La règle et le marbre, la règle et le marbre. Et il ne comprenait toujours pas pourquoi ces mots frappaient ainsi à la porte de son esprit. La règle devait demeurer vivante et la pierre être taillée, se disait-il. La mesure et l’accomplissement.

Il disait

Sous la férule de l’écrit, impossible de fuir. Dans ce soleil, je suis.



—————————————- Extraits deParfois”, livre CD, Le Drapier, Strasbourg-2002