traduit par: belkıs sonia philonenko
Dieu sait ce qu’ils raconteront à propos de ce qui est arrivé… Peut-être tout va-t-il disparaître… Mais moi, je n’ai pas oublié. Oui, je prie comme un musulman maintenant. J’ai tissé ce tapis de prière de mes propres mains, pour moi-même. J’y ai tissé mon histoire au cas où quelqu’un le verrait, en entendrait parler, comprendrait ce qu’il veut dire… Qui sait ? Et naturellement je l’ai tissé de façon à ne pas oublier. Je ne dois pas oublier tout ce qui est arrivé.
Dans le coin supérieur gauche j’ai tissé une église.

Et deux arbres de vie, pour montrer que nous étions peu nombreux. Je n’ai pas mis d’arbre de vie dans l’église, car les églises sont maintenant sans vie. Il n’y a plus personne pour y aller.
J’ai tissé une mosquée du côté supérieur droit.

Et trois arbres de vie. Et un autre dans la mosquée, car ils sont nombreux. Ils remplissent encore leurs mosquées aisément. J’ai choisi une croix pour la grille de l’église. Une pierre tombale. Notre pierre tombale. La grille de la mosquée est grand ouverte. Pour eux. Pour ceux qui sont comme moi, aussi. Tant que nous sommes des convertis.
J’ai tissé ce tapis de prière. J’ai tissé mon histoire. L’espoir est le pain de la pauvresse. Un jour peut-être un marchand de tapis viendra depuis l’Italie, verra ce tapis de Kayseri, l’achètera et l’emportera dans sa boutique. Et une femme ira d’ici jusqu’à la boutique, verra mon tapis et ressentira le besoin d’écrire quelque chose à son sujet. Pourquoi pas? Ces choses-là arrivent.
Je ne serai pas déçu si rien ne se passe! C’est déjà plus qu’assez que je me souvienne. Que je n’oublie pas. Après moi le déluge. Mais j’ai survécu au déluge et il ne me fait pas peur.

Kimbilir neler diyecekler… Belki tümden unutulacak!.. Ama ben unutmadım. Evet, namaz kılıyorum şimdi. Bu seccadeyi de ellerimle, kendim için dokudum. Hikâyemle birlikte. Gören olur, duyan olur, anlayan olur diye. Bir de unutmayayım diye. Ben de unutmayayım.
Sol üst başa kiliseyi koydum. İki de hayat ağacı, azlığımızı göstersin diye. İçine koymadım, kimse kalmadı çünkü kiliselere gidecek. Sağ üst başa camiyi koydum. Üstüne üç tane hayat ağacı. Bir tane de içine. Çoklar diye. Hala özgürce camilerini dolduruyorlar diye. Kilisenin kapısına bir haç koydum. Bir mezar taşı. Mezarlarımızın taşı. Caminin kapısı ferah, açık. Onlara. Benim gibilere de. Dönmemiz kaydıyla.
Dokudum bu seccadeyi. Hikâyemle birlikte. Umut garibin ekmeği. Günün birinde halıcının biri taa İtalya’dan kalkar gelir, bir yerde bu Kayseri kilimini görür, alır götürür belki. Kadının biri kalkar taa onun dükkânına gider; görür, üstüne iki söz olsun yazmayı borç beller. Olmayacak şey mi?
Hiçbiri olmasa ne olur? Ben unutmasam, ben hatırlasam yeter. Benden sonra tufan, tufandan geçen tufandan korkacak değil a!

