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Dimitris Dimitriadis (1944- )

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Dimitris Dimitriadis est né à Thessalonique. Il a étudié le théâtre et le cinéma à Bruxelles et à Paris de 1963 à 1968. Il est auteur de pièces de théâtre, de proses et de poèmes. Sa première pièce de théâtre est montée à Aubervilliers en 1968 par Patrice Chéreau. Il a traduit en grec, entre autres, A. Malraux, J.P. Sartre, J. Genet, K. Axelos, G. Bataille, M. Blanchot, Molière, W. Shakespeare, M. Duras, G. de Nerval, H. de Balzac et S. Beckett.

Trois de ses œuvres ont été jusqu’à présent traduites en français : Je meurs comme un pays (Πεθαίνω σα χώρα), Les solitaires intempestifs, 2005. Léthé: cinq monologues (Λήθη και άλλοι τέσσερις μονόλογοι), La lettre volée, 2002. Le vertige des animaux avant l’abattage (Η ζάλη των ζώων πριν τη σφαγή), Les solitaires intempestifs, 2002.

En 1986, Dimitris Dimitriadis publie l’œuvre Η Ανθρωπωδία. Η ανάθεση: προοίμιο σε μια χιλιετία.. Ce livre annonce le projet qui a été suivi en 2002 par la publication du premier et du septième volume de l’Athropodie : un millénaire incomplet. Le projet de Dimitris Dimitriadis – présenté dans Η ανάθεση – est la publication des 1000 volumes de l’Anthropodie, qu’il ne publie pas dans l’ordre.

Dans Η ανάθεση une voix (que nous pouvons supposer être celle de Dieu) s’adresse à l’auteur :

« Je te confie cette œuvre.

Je te la confie pour toutes les raisons qui font cette mission salutaire pernicieuse privée collective imposée arbitraire sérieuse inadmissible ayant et ne pas ayant de raison de justification de perspective d’existence de cet instant de toujours et pour toujours. Je te la confie pour toutes les raisons qui font que cette mission est ce qu’elle est ».

L’écriture de Dimitris Dimitriadis est triviale, simple et complexe à la fois. Elle est répétitive et de ce fait produit une impression d’intensité. Dans l’Anthropodie, il n’y a pas de paragraphes, le texte se présente en bloc et les phrases sont soit très longues soit très courtes. Sans demi-mesure.

Avec Dimitriadis, nous avons l’impression de rentrer dans un univers qui se suffit à lui ; un univers autre que le nôtre, avec ses lois et ses impératifs. A la fin du livre, il souligne que ce projet a été confié à lui mais qu’il est le premier à l’entreprendre en espérant et en invitant d’autres à y participer et le continuer.

A la fin de l’Athropodie nous trouvons un texte intitulé « Το μηδενικό βιβλίο » (le livre zéro). Ce texte, remarquable pour sa souplesse et sa sagacité illustre parfaitement le style d’écriture de l’auteur. Contradiction, similitude et dissimilitude dans le vocabulaire créent une sorte de labyrinthe dans lequel le lecteur se perd et se retrouve.

Extrait du « livre nul » (dans Ανθρωπωδία: Μια ατελής χιλιετία, 1ος τόμος, Αθήνα, Καστανιώτη, 2002, p. 477).

Je suis le livre zéro. Je suis le livre insignifiant. L’inexistant. Je ne parviendrais jamais à exister. Mais j’existe. De la façon dont j’existe. Je ne parviendrais jamais à devenir important. Mais sans moi le sens n’existe pas. Je suis le livre condamné. Le livre que ne deviendra jamais livre. Telle est mon existence. Toute mon existence est un effort d’exister. Effort et encore effort. Je fais toujours des efforts mais je n’arriverais jamais. Effort et encore effort qui ne me donneront jamais d’existence. Je ne serais jamais un livre, mais je suis un livre. Je n’ai pas d’existence mais j’existe. Je ne suis rien, mais je suis quelque chose ; je suis ce rien qui n’est rien. J’ai un début et une fin. Je pars du rien, je traverse le rien et je finis au rien. Cela est aussi un parcours. C’est un parcours qui existe. J’ai aussi mon propre parcours et c’est celui-là, autant réel que tant et tant d’autres, que tous les autres, ni inférieur ni supérieur, ni pire ni meilleur, un parcours qui vaut une place parmi les autres parcours qui ne sont ni meilleurs ni pires que moi, ni inférieurs ni supérieurs. Aucun autre parcours n’accomplit ce que j’accomplis. Je suis le seul à partir du rien, traverser le rien et finir au rien. Ceci, je ne le fais pas simplement, je le suis. C’est comme ça que j’existe. Je suis inexistant mais j’existe comme ça. Le rien est mon existence mais mon existence n’est pas rien.

[thiresia choremi] (bb 6-8/’06)