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LE FRONT (extraits)

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Balcon des vertiges, surplomb des prodiges
Nacelle où se balancent et glissent à l’amble
Les créatures fugaces de la ménagerie fabuleuse

Front où s’assemble, en file, une cohorte d’équivalences
Front silencieux où défile comme une suite incessante
La fuite des métamorphoses subtiles

Front brûlé d’une vision transparente
Jardin de fraîcheur où poussent d’invisibles couleurs
Lampe de silence qui tête la blancheur des étoiles

Front tendu comme un arc d’une tempe à l’autre
Front dénoué dans le ruissellement du sommeil
Voile d’os posé sur le mystère

Écorce pure sous laquelle germe l’amorce de lumière
Telle l’amande d’un autre oeil
Cage des paroles à naître, étroit logis où séjourne l’infini

En son creux, coule sans fin la fontaine éternelle
Scellée à jamais par la soudure de la fontanelle
Depuis que fut refermée l’ouverture du puits céleste

Le front du vieillard, celui du nouveau-né
Ont cette transparence bleutée
Par l’eau d’un ciel proche

L’arrondi large et pur, sous les mèches
La parenthèse étroite et dure
Se hausse entre deux pans de chevelure

Front, borne, lisière
En lui, tout semble indiquer la limite
Frontière entre la cime des sourcils et la racine des cheveux

Entre la chevelure, partie sauvage et primitive de la tête
Et la partie glabre et proprement humaine du visage
Par laquelle l’homme prend le masque du dieu

Frontière entre deux mondes, le front a deux côtés
L’un est concave, intérieur et dans une ombre inaccessible
L’autre, convexe, extérieur, est celui des reliefs exposés aux regards

Couvercle clos d’une boîte obscure où se révèle la lumière
Ciel immense où naissent les pensées
Lisse secret où pieusement l’on dépose le baiser du respect

Dans le front il y a le rond
Dans la sphère, le sans fond
La somme est au sommet

(Extraits de Blasons du Visage, 1992 et 2011, inédits)