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le gros lot

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je tire un billet de loterie
à la main tremblante
d’un vendeur aveugle
—– si je l’amortis
—– pour ma vie perdue
—– j’aurai tiré le gros lot

je marche le long d’un mur maçonné par les “toi”
en me tenant à lui maçonné par toi
—– je m’évade de la solitude, je crois
—– quand à la solitude j’envoie une invitation

je fragmente ces “toi”
que me fragmentent, moi
—– j’essaie de boutonner ma vie rapetassée
—– de mes mains maladroites

je suis comme un sac de sable rapiécé
je reviens de me battre
—– à l’heure de pointe
——- je suis fatigué, épuisé
——- je m’en veux à moi-même !

dans le regard enceint de milliers de questions
les réponses sont enfouies en elles
je me tire moi-même en désespoir
—– comme l’escargot tire sa coquille
je ne sais pas porter mon corps
—– comme la tortue heureuse en sa maison

je m’espionne moi-même
pour avoir le droit d’être fusillé
comme un espion

dans l’équinoxe de la balance
je suis l’ivresse d’un jour à la gueule de bois
—– je suis l’ombre d’un soldat
—– qui compte en pleurant ses médailles
—– moissonnées dans les guerres remportées

oh!
par temps de brouillard
je cherche le joueur de flûte du village aux rats :
—– pour qu’il jette à la mer mes peines à quat’sous,
—– à bon marché, payables en quatre fois sans avance
—– et condamnées à perpétuité