Ma table de travail, ma petite table de travail, ma toute petite table de travail épurée au maximum. Blanche avec les traces du couteau qui coupait le saucisson et les cornichons lors des pauses pensées.
Toujours de la nourriture à portée de main : un fablier de Lafontaine, une anthologie de poésie grecque pour retrouver les mots perdus lors de la pause pensées et réflexions et saucisson.
Un stylo récupéré à gauche à droite. Un stylo Force Ouvrière distribué par des chevelus peu forts et peu ouvriers, un stylo Rhein et fils boucherie artisan charcutier depuis 1923 offert avec la saucisse de viande qui laisse sa graisse sur les cahiers Clairefontaine s’en allant promener sur les digressions à la digestion charcutière.
Et le blanc. Ce type. Cet ex. Ce type ex qui corrige les erreurs de jeunesse, les fautes grossières de la muse qui oublie les règles à cause de son allant allant trop de l’avant sans penser aux conséquences. Heureusement qu’on a du blanc. Du blanc pur. Du blanc de typex pour corriger ces satanées erreurs.
Un préservatif périmé qui rappelle l’adolescence passée à faire autre chose qu’écrire. Un préservatif périmé qui rappelle cette adolescence indispensable comme réserve de souvenirs, de sensations pour écrire. La première fois, l’insouciance pourtant soucieuse des maladies sexuellement transmissibles. Prendre ce vieux préservatif inusagé dans ses mains et le jeter dans un sac Dia faisant office de poubelle et se prendre les mains dans le sac… Dia et s’énerver de pas avoir acheté de vraie poubelle et taper dans le sac plastique et prendre le stylo Force Ouvrière et l’exploser de frustration et le casser en deux et prendre le stylo Rhein et fils boucherie artisan charcutier depuis 1923 et le mordre avec rage parce qu’on ne retrouvera plus jamais cette adolescence perdue si riche en sensations pour écrire et taper avec les paumes de ses mains sur sa table de travail, sa petite table de travail, sa toute petite table de travail.


