Home anthologie des poètes vivants || yaşayan şâirler antolojisi || living poets anthology goorma, jacques [1950]

[louve,]

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Louve,
ventre tiède
où roucoule la forêt.

*

De la farine du sommeil
est fait le pain du jour.

*

Laisse le bonheur inexplicable t’envahir
comme après une nuit torrentielle
monte s’ébahir dans le ciel
l’aube citrine.

*

Homme,
relais secret que l’on passe en courant
sans en saisir jamais l’ultime sens.

Texte
ayant déjà, dans ses labyrinthes subtils
en quelques salves d’ombres,
égaré plus d’une lueur.

Que fais-tu à écrire ainsi?
Est-ce l’air que tu respires
qui te rend si léger ?

*

La poésie a son chien d’arrêt
pour lever en pleine lumière
l’ombre giboyeuse.

Quand elle sort avec son chien d’arrêt
pour qui la proie obscure est odeur
(devient frémissement jusqu’à le rendre fou),
la poésie sait rappeler le chien d’arrêt
à son silence, de son aigu sifflet.

La poésie tient le poète à son collet.

*

Le rameur de l’aube
tous les matins revient
et tire avec lui le lourd filet de l’autre monde

Le passeur de l’aube
sans qui le rêve ne franchit
le cercle magique de l’oubli

Le pêcheur du rêve
ramène au petit jour
les promesses frissonnantes de la nuit.

*

Poème, lambeau,
fragment du flambeau inapprochable
et qui nous brûle…
Un tas de paille givrée luit au soleil
Une phrase traverse le ciel
On ne pense pas à compter les mots
On regarde passer les oiseaux

L’aile lasse l’air
Effort sensible de la pensée

II voulut se lever pour écrire
le poème qu’il gravait dans sa tête
le rêve qu’il tâchait de retenir.

Tu es né couché, le nez en l’air toujours fourré
dans les soieries incomparablement lisses
et luisantes du ciel.
Tu as grandi et en te levant ton regard
progressivement s’est couché sur la terre.
La force de ton âge est tendue à l’arc
de son horizon.
La vieillesse te plie, te penche
comme pour écouter l’ultime confidence.
Tu épouses enfin la sagesse courbe de la terre

 

—————————————- Extraits de “Rêveil”, Henry Fagne, Bruxelles-1978